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Michael Bay est LE cinéaste le plus décrié de ces vingt dernières années. Comment un réalisateur doté d’autant de talent peut-il être sujet à la controverse ? Personnage aussi complexe que fascinant, Bay a longtemps été affecté par l’ostracisme dont il a été l’objet dans sa jeunesse, un malentendu que je vais tenter d’expliquer un peu plus loin. Rejeté par l’USC et les principales écoles du cinéma, la carrière de l’artiste américain aurait pu tourner court si celui-ci n’avait pas rencontré LE producteur qui allait complètement changer sa vie : Jerry Bruckheimer.

LES ANNES 90 OU LE TEMPS DU POP-CORN

Michael Bay a commencé sa carrière à Hollywood avec « Bad Boys » (1995), son premier blockbuster. Oeuvre imparfaite, le long-métrage est un divertissement honnête qui laisse présager une belle carrière au réalisateur. On retrouve les ingrédients d’un film « made-in Michael Bay » : action incessante, humour potache et caméra parkinsonienne même si l’ensemble n’est pas révolutionnaire, loin de là. Le métrage suivant est beaucoup plus intéressant : « The Rock » (1996) traite d’une insurrection militaire sur l’île d’Alcatraz. A nouveau oeuvre d’action, « The Rock » dispose d’un casting impressionnant avec un Sean Connery complètement « Bond », face à un Ed Harris, remarquable dans la peau d’un officier anti-héros victime de son propre gouvernement. Bay travaille pour la première fois avec les compositeurs Hans Zimmer («Gladiator») et Harry Gregson Williams («Metal Gear Solid»), deux musiciens qui vont devenir indissociables de «l’imagerie Michael Bay» : militaires en uniforme, hélicoptères Black Hawk filmés au ralenti, décors désertiques… Un univers manichéen, épique et «larger than life» dans lequel les protagonistes d’une tragédie doivent choisir leur camp : flics contre voyous, gouvernement contre rébellion…

Le nouveau succès mondial de « The Rock » conforte le réalisateur américain dans son choix de monter des blockbusters, d’autant plus qu’il semble complètement à l’aise avec les tournages à très gros budgets.
« Armageddon » (1998) est donc la suite logique d’une entreprise pharaonique qui vise à proposer le meilleur divertissement possible, avec ce que cela comporte comme incompréhensions : Bay ne se voit pas comme un cinéaste au sens noble du terme, mais bien comme un conteur, un homme de spectacle tel qu’on l’entend avec le mot anglais «entertainment». Pour l’artiste, qui a travaillé dans sa jeunesse chez Lucasfilms, le cinéma ne peut qu’être récréatif, à la manière d’un Cameron ou d’un Lucas, mais aussi nietzschéen dans sa mise en abîme des personnages : les héros d’ «Armageddon», à la moralité souvent douteuse, se définissent d’abord par leurs actions, héroïques. En décidant de transgresser toutes formes de réalisme («Armageddon» est un space-opera invraisemblable), Michael Bay veut se concentrer sur l’action, l’essence même de son art. En ce sens, les explosions que l’on retrouve dans toutes ses oeuvres prouvent que cet amoureux du mouvement peut-être considéré comme l’héritier des artistes futuristes d’antan…

Film épique naïf sur la Seconde Guerre mondiale, «Pearl Harbor» (2001) est plus dramatique dans le traitement de l’action. Rejeté par les critiques, il s’agit d’un échec artistique pour un réalisateur qui va dès lors s’atteler à livrer une oeuvre qui va marquer durablement les années 2000 : «Bad Boys II» (2003).

BAD BOYS II, UNE BUSHERIE MADE-IN MICHAEL BAY

Ce film est un événement dans l’histoire du cinéma car jamais un producteur n’aura poussé volontairement un réalisateur à dépenser autant d’argent que Jerry Bruckheimer… 200 millions de dollars ! Preuve en est avec la scène du camion sur le pont filmé en hélicoptère(s), tout bonnement hallucinante. Oeuvre pyrotechnique au goût douteux, comme en atteste la scène de poursuites avec les cadavres, véhiculant les pires clichés rap homophobes, ce film est au cinéma ce que Grand Thief Auto est aux jeux-vidéos : une construction décadente où les dealers habitent de somptueuses villas peuplées de filles en petites tenues ! Portrait d’une Amérique post-2001 (déjà) hantée par Guantanamo, «Bad Boys II» se termine tel un Chuck Norris des années 80 avec des Marines et des Black Hawks… Tant de moyens pour une telle entreprise de démolition a littéralement fasciné les journalistes de l’époque, y compris les critiques les plus hostiles au faiseur de blockbusters qu’est Michael Bay !

Quintessence filmique du réalisateur américain, pour le meilleur comme pour le pire, ces «mauvais garçons» ont laissé place à un projet plus personnel, peut-être même l’oeuvre LA plus personnelle du cinéaste : «The Island» (2005). A plus d’un titre, ce long-métrage constitue un tournant dans la carrière du réalisateur car Bruckheimer ne le produit plus, et c’est la première incursion de l’auteur dans un genre tout nouveau…
Récit de science-fiction survitaminé comme on peut le constater dans les poursuites lors de la seconde partie, Bay semble vouloir livrer une réflexion humaniste sur les dérives de la génétique sans pour autant renier les recettes de ses précédents succès. Film bien plus accessible qu’auparavant, «The Island» est agréable à regarder… mais a malheureusement souffert d’un accueil mitigé… Ce qui est paradoxal vu les progrès réalisés depuis «Bad Boys II» !
Dès 2005 on va assister à un énième tournant dans la carrière du réalisateur : loin d’être découragé par ce relatif échec, «The Island» le conforte dans l’idée qu’il est capable de réaliser des oeuvres de science-fiction plus ambitieuses. Un nouveau producteur exécutif va désormais l’épauler, un certain Steven Spielberg…

L’ERE DE LA RECONNAISSANCE : «TRANSFORMERS»

Avec la trilogie «Transformers» (2007, 2009, 2011), il semblerait que Michael Bay soit parvenu à atteindre son graal, à savoir disposer du budget nécessaire pour se livrer à un cinéma que certains ne manqueront pas de qualifier de «petit garçon». Tel un dieu démiurge aux allures d’enfant capricieux, Michael Bay casse ses jouets, les «Transformers», tout en livrant une fresque épique à 200 millions de dollars en ce qui concerne le second volet !
Tout n’est pas parfait dans cette saga (les transformations sont parfois peu compréhensibles, les scénarios ne brillent pas de part leur subtilités), mais le réalisateur semble avoir atteint une certaine épanouissement en collaborant avec Spielberg, obtenant ainsi la reconnaissance de ses paires (les faiseurs de blockbusters que sont Cameron ou Lucas), un succès commercial, et la confirmation qu’il est désormais un grand auteur de science-fiction.
Le réalisateur décrié d’Hollywood s’est désormais transformé en cinéaste populaire, plus consensuel, même si l’auteur ne semble pas avoir renié ses années terribles comme le montre l’affiche de «Bad Boys II» que l’on aperçoit dans «Transformers II». Michael Bay, fier de sa filmographie ?
Assurément oui !

Liens : un bel article de Mac Garner ainsi qu’un clip-vidéo.

Une critique de Transformers 2.

Aujourd’hui, en allant corriger le brevet des collèges, j’ai découvert que j’étais un dangereux rebelle subversif…

8h00. Réforme oblige, au lieu de me retrouver avec 40 ou 50 copies cette année, on me donne… 83 devoirs à corriger ! Avec bien sûr à chaque fois de l’histoire, de la géographie et de l’éducation civique (dura lex, sed lex…). Une enseignante, qui est en fait notre responsable, donne les recommandations de l’administration :

« - bon voilà, je n’en pense pas moins, mais je vous rapporte ce qui a été dit… On ne sanctionne pas le devoir s’il n’y a pas d’introduction ni de conclusion… Si on retrouve un mot-clef dans la copie, c’est considéré comme juste… Si l’élève écrit toutes les propositions possibles, mais qu’une d’entre elle est correct, c’est bon… (mention spéciale à notre feuille administrative avec les conseils sur la notation, sur laquelle rien de tout ça n’apparaît, tellement c’est la honte…).

- même pas en rêves ! me souffle dans l’oreille un collègue. »

Hé oui, certains profs, dont votre serviteur, sont désormais des rebelles « à l’envers » ! Alors que le Ministère (de droite, donc censé véhiculer des valeurs conservatrices liées au « travail bien fait ») nous dit en substance « soyez cools les mecs » (enfin bon, pas exactement comme ça), en profs de gauche « libertaires » nous sanctionnons l’orthographe, l’expression écrite, l’absence de plan, la cohérence… Bref, des concepts pas très Web 3.0 pour les djeun’s. Alors qu’on peut se rendre compte que décidément la sévérité est une notion somme toute relative, pour certains élèves, on est peut-être (sûrement même !) des sales cons zélés… En ce qui concerne les parents, je n’en parle même pas. Et que dire du chef d’établissement (surtout dans le privé !) qui ne veut pas faire de vagues ? Nous constituons une nouvelle race de « réacs » désespérément en quête d’autorité…

8h20 : tel un guérilleros de l’Education Nationale, je dégaine mon stylo et m’empare de mon imposante pile de copies sous le regard amusé des vétérans qui me disent que je fais fort pour ma première année de correction…

12h00. J’ai corrigé seulement 27 copies. Je me rends compte qu’il suffisait de travailler par matière plutôt qu’à la suite pour éviter de se prendre la tête avec les points… Ah ces fameux points. Comment rester impartial quand d’heures en heures on est fatigué, énervé, émerveillé (« Waow 13/20, un surdoué ! »).

Je termine finalement ma journée à 18h00, vidé, mais avec plein d’anecdotes à vous raconter… issues de mes copies.

Savez-vous comment on appelle le titulaire d’un bac ? Un analphabète (forcément…).
En Amérique du Sud on trouve la « Cordillère des Indes », aussi appelée communément « Corbillard des Andes »…
Il y a de plus en plus d’habitants dans les villes de l’hémisphère sud (Afrique, Amérique du sud) parce que les gens recherchent le soleil. D’ailleurs la richesse n’est pas la même dans le Nord que dans le Sud…

Parfois la politique envahit les copies.

« Georges Pompidou meurt soudainement en pleine présidence, et c’est quelque chose de très triste.
Mai 68 a fait évoluer les choses dans la société. »

Cette journée fut un véritable calvaire. Je crois que j’adore profondément mon métier, mais corriger est quelque chose d’absolument atroce intellectuellement parlant ! C’est même une douleur presque tangible quand on entend les collègues soupirer ou gémir…
On dirait que dans tous les métiers, il y a toujours une tâche insupportable au possible, pour moi je crois que c’est comparable à ce qu’endure un technicien en informatique qui doit démonter les vis d’un MacBook Air… Heureusement que c’est seulement une journée dans l’année !

Je ne vais pas finir sur une note pessimiste en mettant dans le même sac les élèves décérébrés, les profs défaitistes, les parents irresponsables, les chefs d’établissement effacés, l’administration incompéto-laxiste… Après tout c’est la fin de l’année. Et dans ce monde fou où plus grand chose n’a de sens, je sais que la majorité de mes élèves ont aimé cette année le cours d’histoire. Et je sais qu’on s’apprécie.

Si ça c’est pas rockn’roll…