26
juin
Lors d’une soirée désoeuvrée, nous échouâmes avec Sycophante dans notre complexe cinématographique favori, notamment en raison de la qualité du popcorn et des nachos qui y sont proposés.
Sycophante me proposa alors naïvement d’aller voir, je cite, «un film de vampires»… Twilight. Passons sur la situation de désocialisation notoire et d’isolation extrême qui fit naître en nous, ne fusse qu’un instant, l’espoir fou que nous nous apprêtions à voir du sang gicler…
En entrant dans la salle, nous comprîmes rapidement qu’un piège venait de se refermer sur nous. Peut être en raison de la moyenne d’âge avoisinant les 14-ans-et-demi-je-suis-trop-un(e)-grand(e)-je-vais-au-ciné-tout(e)-seul(e)-avec-mes-potes-ou-mon/ma-target-c’est-de-la-balle.
Cela étant, le samedi soir, on a l’habitude (cf. la qualité du popcorn et des nachos).
Nous patientâmes avec courage entre les ricanements hystériques des jeunes filles et les meuglements virils des jeunes hommes en attendant que le film commence…
Pour les autres désocialisés de l’assistance, Twilight est (donc) une histoire de «vampires» sur le papier qui vire dramatiquement, dès les premières minutes, à l’histoire «d’amour» pré-pubère ultra-conservatrice (no sex, no violence). Pour tout dire, on espère voir débarquer Bree Van de Camp pour décoincer un peu ce joli petit couple qui passe plus de deux heures à se regarder en chiens de faillance tout en fuyant des vilains méchants pas beaux (ça va forcément ensemble) qui sacrifieraient bien notre jeune vierge effarouchée sur l’hôtel de la gastronomie vampiristique.
Vous l’aurez compris, ce scénario débordant d’originalité n’est pas vraiment compensé par la profondeur de nos deux héros aux regards bovins.
Ne soyons pas si rudes, le jeune vampire «végétarien» (sic.) qui a la caractéristique «monstreuse» (dixit lui même) de briller au soleil (soit l’inverse des lucioles bonux, c’est vrai, quelle horreur !) semble, au regard de ce que l’on peut lire et entendre ça et là, bien remplir la mission dont il a été investi : faire mouiller la pré-adolescente écervelée qui s’identifiera parallèlement sans peine à Bella, l’héroïne désignée.
Parce que Bella, elle kiffe le badboy (qui, à titre comparatif, tendrait à nous faire passer Groscalin pour un délinquant sexuel) pour la même raison que Guy Geroges a son lot inépuisable d’admiratrices : la femelle ordinaire aime croire qu’elle est assez extraordinaire pour être celle qui remettra son modèle défaillant sur le droit chemin. Et Bella, mine de rien, elle a même pas peur de son vampire végétarien luminescent et de sa belle famille dont certains membres l’observent avec la même intensité et la même fascination (d’où le titre du premier volet) que moi lorsque je suis confrontée à un pot de nutella.
C’est vide, c’est niais, c’est directement taillé pour faire fantasmer et flatter les instincts les plus primaires de l’ado un poil rebelle (et donc effroyablement quelconque) qui se croit anti-conformiste parce qu’il se fringue dans une boutique gothique / émo (attention, paraît que c’est une philosophie… ça mériterait un article ici même, non ?).
En vous souhaitant une bonne abstention de visionnage.
